20.08.2010

Say goodbye to the world you thought you lived in ...

Il y a des chances pour que ceci soit le dernier article posté sur Haut Et Fort avant bien bien longtemps … Et ce bien que j’ai longuement essayé de m’initier à la manipulation hautement technologique des proxys. Comprenez bien que dans mon cas, c’est un art difficile : le proxy pourrait tout aussi bien être un plat exotique, je ne verrais pas la différence. Oui, voilà, je ne sais pas ce qu’est vraiment un proxy en fait. Donc je n’accèderai pas aux sites censurés. Donc je ne vous donnerai plus de nouvelles via ce blog, via Facebook, et j’émets des doutes quand à l’accès à Cittàgazze (site excessivement subversif s’il en est …)

Pas de soucis, je vais revenir aux pigeons voyageurs.

J-10. Nous entrons dans le décompte final. J’ai mon visa. Il est très beau soit dit en passant. Ces jours-ci débute la grande farandole des dernières fois. Au programme des 10 jours à venir : dernier chocolat aux épices au Haricot Rouge, dernière pinte au Memes Tra, dernière déambulation au Thabor, dernier Gin’To rue des Dames, adieux divers et variés.

Voilà. On veut écrire un truc qui claque pour le dernier article, genre fin en fanfare, feu d’artifice syntaxique en option, et au final on se rend compte qu’on a juste rien à dire, qu’on a hâte de partir, malgré toutes les lieux qu’on voudrait pouvoir emmener avec nous. Les fontaines de la gare, Rennes II, la rue St Mich un jeudi soir, le Thabor au soleil, la salle de la Cité, le parc des Hautes Ourmes, l'Atelier de l'Artiste, le Memes Tra ou le Haricot Rouge, le Marché des Lices, les illuminations de Noël place de Bretagne, le manège de Ste Anne, Rennes.

Alors pour finir n’oublie pas : Tu passes par la Chine ? Tu ne sais pas quoi faire ? 27 Shanda Nanlu, Jinan, Shandong, P.R.China 250100, n’hésite pas, je serai là pour toi. Tu veux des lettres et/ou des Chronopost ? Laisse-moi ton adresse, tu auras peut-être des surprises dans la boîte aux lettres. Tu sais ce qu’est un proxy ? Explique-moi. Tu as d’autres revendications du type « aller en Chine c’est mal, ils sont méchants avec les tibétains.» ? Tu peux toujours le poster en commentaire, ceci étant on va pas commencer à se laisser emmerder par trois glands en robe rouge et deux éleveurs de yacks (comme tu le vois, je veux qu’on me prolonge mon visa, je commence donc dès maintenant à avoir l’air en parfaite osmose avec la mentalité locale). Enfin, pour conclure, si tu veux que je te ramène une ombrelle, du thé, des estampes, des cartouches de cigarettes à 5€, une boule de neige avec la statue de Mao dedans ou des petits chinois malléables pour faire ta vaisselle, manifeste-toi, je suis ton humble serviteur.

Je vous quitte en musique, sur une chanson des plus adaptées, Une autre ville, de Pow Wow, en hommage à Rennes, on va dire. See you soon on another blog.


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18.07.2010

Ombres chinoises

J-43

7222_1201075621017_1052367157_627874_2981911_n.jpgL’échéance approche. Je me dis parfois que je ne vais pas y arriver. Il y a quelques mois, en y pensant, je me disais « j’ai le temps ». Maintenant, je ne l’ai plus. Il faut commencer à réfléchir aux détails anodins du type « Quel est le bus qui va de l’aéroport de Pudong à celui de Hongqiao ? », ou encore « Qu’est-ce que j’emmène ? Qu’est-ce que j’achète sur place ? ». Faire tenir sa vie dans 27 kilogrammes. 20 en soute, 7 en cabine, le superflu reste en France.

Abandonner ici des multitudes d’objets à la valeur sentimentale incommensurable, mais dont je n’aurai pas besoin sur place.

Pas besoin d’un foulard éclé. Pas besoin d’un Gwenn ha Du. Pas besoin d’une bouteille de Breizh Cola vide, volée un jour chez Beudeff.

J’ai peur, j’ai hâte. J’ai hâte, j’ai peur. Tout se mélange, je passe de l’un à l’autre en des temps record, et je ne sais plus vraiment.

Quand je zyeute mes photos de l’été dernier, quand je feuillette mon Lonely Planet, quand je tombe sur7222_1201076341035_1052367157_627890_6531303_n.jpg un article ou un documentaire sur la Chine … je ne souhaite qu’une chose : y être, là, tout de suite, maintenant. Et y rester.

Quand je remplis les papiers pour le Visa, pense qu’il faudra en plus le faire prolonger sur place, me rappelle de tous les papiers à faire signer à la SDU … je ne veux plus y aller.

Je pense à ceux que je laisse derrière moi. Je veux rester.

Je pense à ceux que je vais rencontrer. Je veux partir.

 

Je suis morte de trouille, et pourtant je sais que rien ne pourrait me faire changer d’avis. Parce que je l’aime, ce pays. Je l’ai même sacrément dans la peau. L’éternel bordel chinois, le marchandage, le suicide quotidien pour traverser la route, les tables tournantes, la Tsingtao, et l’effigie de Mao à tous les coins de rue me manquent viscéralement depuis bientôt un an, tout comme une infinité d’autres détails allant de la clim détraquée aux taxis en passant par le thé au jasmin.

7222_1201077381061_1052367157_627916_8107152_n.jpgLa Chine me manque plus que tout, et savoir que je vais la retrouver est un bonheur qui vaut mille fois la peine de galérer, de paniquer un peu.

Mais ça n’en est pas moins difficile. Je change de ville. De pays. De continent. Je change d’entourage, de culture, de langue. Je change de fuseau horaire. D’habitudes culinaires. De numéro de portable, de blog, d’adresse et d’alphabet. Je change de vie.  Comme ça, du jour au lendemain, à 20 ans.

Adieu lait, pain, beurre, chocolat.

Bonjour riz, poulet aux cacahuètes, tofu.

Adieu Facebook et Hautetfort, bonjour censure internautique.

 

Ceci étant, au milieu de tout ça, telle la lumière d’un phare dans la tempête, subsiste la promesse de pouvoir recommencer à se droguer immodérément au Hong Cha glacé. Je sais, dit comme ça ça peut paraître surprenant, mais j’ai été obligée de mettre un terme à mon addiction l’année dernière, et je suis en état de manque permanent depuis plusieurs mois déjà. Non, je ne suis pas folle, vous n’avez jamais goûté le Hong Cha glacé, c’est tout.

Alors j’internationaliserai mon cercle de potes, et je recommencerai à manier les baguettes avec la 7222_1201077421062_1052367157_627917_4235024_n.jpgdextérité d’une professionnelle, et à m’asseoir par terre dans la rue pour boire des bières à 3 Yuan et initier le chinois lambda aux Cap’s.

Alors je me ferai offrir des clopes par tous les chinois du voisinage, les coutumes locales étant étrangement généreuses en ce qui concerne le tabac.

Alors je mettrai les doigts en V sur les photos et je prendrai des poses bucoliques avec les branches des arbres.

Alors à nouveau on me dévisagera en criant « Laowai ! Laowai ! » (En chinois dans le texte) (toi aussi, cherche tout seul ce que ça veut dire et gagne un briquet Mao qui fait de la musique)

Alors ma vie sera aussi bordélique que la Chine elle-même, et j’aimerai ça, et j’irai manger des brochettes et des pains au cumin chez Mumu si jamais j’arrive à retrouver le chemin, ce qui me paraît étrangement compromis, mais sait-on jamais, et j’escaladerai la statue de Confucius, et je me perdrai dans Shanghai dès mon premier jour sur place, et j’irai regarder le brouillard descendre sur les rizières du Yunnan, la neige tomber sur Tian’anmen et le soleil se lever sur Emei Shan. Et j’irai jusqu’à Beijing en train rouge (arghhh) pour squatter sans vergogne chez Aili. Et je rentrerai en Transsibérien.

7222_1201077981076_1052367157_627931_406_n.jpgEt ce sera canon.

Et j’ai même pas peur.

Enfin, un peu, mais pour rien au monde je ne laisserai ma place.

Je vais rentrer à la maison, enfin.

04.07.2010

Je suis ta muse et ça m'amuse

Deux semaines de vacances m’auront amplement suffit à me remettre à niveau sur le plan palpitationnel. Accessoirement, sur le plan éthylique aussi. Et les quelques personnes ayant l’honneur et le bonheur de tout connaître des péripéties de mon existence n’auront pas été déçues du spectacle. Je deviens très très forte. Malgré mes diverses réticences, le centre aéré ne pourra m’être que bénéfique : avec 10h de travail par jour, jamais je n’aurai le temps d’attenter à mon équilibre mental et physique de quelque manière que ce soit, sauf peut-être grâce aux patins à roulettes de Savio.

Plus le temps de stresser pour la Chine.

Plus le temps d’essayer humainement mais stupidement de noyer l’absence de l’un dans les bras des autres, alors que ça fait quand même 15 ans que j’ai arrêté de croire au Père Noël.

Plus le temps de procéder à des dégustations des différentes marques de muscat pour les comparer.

Plus le temps de s’évertuer à relever des défis débiles.

 

Un point, donc, pour les Centres-à-errer de notre douce ville de Rennes.

Je peux bien leur accorder ça, je ne suis de toute façon pas en reste en matière de points : je viens de remporter un bonus jamais vu encore chez les adeptes du soirée-compte-double. Une vraie tornade.

Tornade, c’est un peu le mot consacré pour qualifier cette espèce de quinzaine sans queue ni tête, aussi bordélique chez moi que chez les autres. Grand chambardement, grosses cuites, pas mal de prises de conscience, quelques regrets, quelques remords, des détails sordides, un sacré paquet de nouveaux chapitres à ajouter à mon autobiographie.

Et une douce nostalgie de feu l’époque où l’expression « partie de jambes en l’air » servait à qualifier le fait d’être allongé par terre avec … les jambes en l’air. Époque hautement révolue s’il en est.

 

L’Homme du Train a un prénom. La Patafix, c’est bien. Toulon est à plus de 800 kilomètres de Rennes. On peut larguer quelqu’un parce qu’on l’aime trop. Le muscat Dyonisor est le meilleur. Le lit de Monsieur Croissant est bien trop confortable. On s’est planté en octobre dernier. La Déclaration n’a pas perdu de son pouvoir. Le Alice au Pays des Merveilles de Disney vend complètement du rêve. Parler en anglais fait prendre beaucoup de recul sur les situations. Le vin rouge c’est pas canon. Les pharmacies à l’heure d’ouverture non plus.

Faute d’être saines et équilibrées, les vacances furent instructives. Pourrons-nous en dire autant des quatre prochaines semaines, perdue que nous serons au milieu de centaines d’enfants ? Mystomme et boule de guerre.

Une chose est sûre, j’ai bien rigolé, mais faudrait voir à pas rigoler comme ça trop souvent. Ma réputation est déjà bien assez douteuse, et je doute que les chinois sachent tous apprécier mon sens décapant de l’humour et des relations humaines.

 

Pour finir sur une touche de poésie mélancolique, je me propose d’initier vos adorables esgourdes à la chanson Fille en fleur, de Volo, dans laquelle il faudrait que j’arrête de me retrouver.

Le reste … on en reparlera.


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