02.09.2009
Un singe en hiver
Avoir des rêves, c’est bien, ça entretient l’espoir et les délires, ça permet d’occuper ses soirées à penser à quelque chose. Avoir des rêves, c’est une chose. Et puis il y a les réaliser. Et ça c’en est une autre. Ca prend du temps. De l’énergie. Ca rate, parfois. Ca fait s’élever très haut puis retomber très bas. Il faut remonter ses manches, attaquer le rêve à bras le corps, le revoir à la baisse, le formater au sens des réalités, pour un jour le voir prendre forme, prendre son envol.
Et ce jour là, tu descends d’un avion, aux prises avec six heures de décalage horaire et une chaleur étouffante, et tu poses le pied en Chine. Là, devant toi, s’étend le pays dont tu as rêvé jour et nuit depuis des années. Cet endroit qui, sans comprendre pourquoi, t’as fait fantasmer, fabuler, délirer. Et, loin d’être dépaysé, te voilà soudain … « empaysé ». Pris de l’impression étrange que tu es plus à ta place ici que tu ne l’as jamais été chez toi, à 8000 kilomètres. Pris dans le flot des bruits, des couleurs, des odeurs, dans le flot des vendeurs qui t’alpaguent et des passants qui te bousculent sans ménagement.
Tu es là. Au beau milieu de la capitale d’un pays qui a nourri les fantasmes de générations d’occidentaux en mal d’exotisme. Ce pays diabolisé par ceux qui n’en ont jamais vu que l’aspect politique et dictatorial. Oui, c’est une dictature. Mais un régime politique fait-il un peuple ? Un régime politique fait-il une culture ? L’homme qui te regarde jouer au Cap’s en riant, la femme avec qui tu négocies un éventail, la gamine qui veut se faire prendre en photo avec toi, l’étudiant qui boit des bières assis par terre à tes côtés te semblent soudainement infiniment plus proches de toi que ne le sont la plupart des français.
Ton pays est étriqué. Il ne te va pas. Il te gêne aux entournures. Ton pays est trop faux, trop politiquement correct, trop formel, trop poli, trop plat, trop adouci, assagi. Trop cher. Tu veux te battre pour un pays qui n’a jamais été le tien, et l’est devenu en trois semaines. Tu te sens un peu trop chinois, et plus franchement français. Le silence t’empêche de t’endormir. Tu te sens décalé.
Tu comptes les jours.
Tu y retourneras.
Et ce coup-ci, t’es pas sûr d’en revenir.
« Je suis rentré d’Indochine et j’ai trouvé Une vie bien trop facile, bête à crever »
15:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29.07.2009
C'est toi le titre.
I’m back ! Touboudouboudouboudoum (« she’s baaaack ! » font les chœurs tous seuls dans ma tête). Bon, maintenant que j’ai dormi, je puis à nouveau m’adonner à mon sport favori : l’acrobatie syntaxique, la jonglerie verbale, la haute voltige grammaticale et autres virtuosités orthographiques de mon cru. J’aime.
La réflexion mûrement mûrie (oui oui, rien que ça) du jour se fera sur la phrase d’une intensité poignante qui suit : « faute de grives, on mange des merles ». Les moins imaginatifs d’entre vous me diront « j’ai beau me creuser la cervelle au pied de biche, ça me poigne quedalle les merles ». Et là je vous répondrai avec la fougue propre à ma fringante jeunesse : « que nenni, jeune béotien primitif ! ». Ca vous ferait par ailleurs une belle jambe. Moi mes jambes elles sont pas belles du tout, je reviens de camp et elles ressemblent à rien. Mais au moins, elles sont épilées.
Bref, disais-je. J’ai tellement de choses à dire que je m’auto-interromps dans mes propres réflexions. Cela fait un certain temps déjà que l’on se contente de merles. C’est sympa le merle, je dis pas le contraire. Ca reste glorifiant quelque part de n’être pas encore défraichi(e) au point de ne même plus pouvoir manger de merles. Et puis si par la même occasion, les merles vous font des compliments foutrement gratifiants sur vos attributs personnels, c’est tout bénef. MAIS, néanmoins, seulement, toutefois, cependant, nonobstant, etc., quand les merles se mettent à devenir un poil insistants sur les bords à la limite du harcèlement, ça en devient gênant. Car sachez que parfois, je dis bien parfois, pour les merles, vous êtes une grive.
Putain quelle philosophie … Bref, là, bien que vachement complu(e) que tu es dans ton rôle de grive qui s’assume à balle, et quand même pas qu’à moitié fier(e) de toi, tu te mets à regretter mélancoliquement le goût de la grive, la grive que t’as voulu mais que t’as pas eu, parce que t’as beau être une grive aux yeux des merles, tu restes un merle aux yeux des grives (j’ai du m’y reprendre à trois fois pour écrire cette phrase …). Alors si vous voulez mon humble avis, laissons les merles aux merles, les grives aux grives, et allons bouffer du pélican, ça nous changera un peu.
Et loin de moi l’idée de faire passer un quelconque message à caractère personnel à qui que ce soit, mais j’en ai ma claque des merles, sérieux. Merci à vous d’avoir essayé de me suivre, c’est bien aimable. A votre place j’aurais abandonné depuis longtemps.
Sinon le camp c’était sympa, poils aux doigts. Je suis toujours aussi misanthrope, j’ai toujours autant envie de faire le contraire quand on me donne un ordre, j’aime toujours autant les mômes, toujours autant chanter, toujours autant le scoutisme, Flogging Molly ça dépote, and BZX forever, car que serait la vie sans ces charmants noms d’oiseaux ?
17:49 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
01.07.2009
"La vie va, la vie s'en va, elle revient et là ..."
Il fait beaucoup trop chaud, qu’on se le dise ! De ce fait, je laisse couler, me suis mise en stand-by, et marche au ralenti. Il n’y a que sans ma chambre que la température soit supportable. Et encore, ce n’est rien à Rennes … Hier, par pure envie de road-trip familial en musique sur les routes de notre douce France, j’ai fait du tourisme express’ à Bordeaux, de l’université de Montesquieu à la place Quinconces en passant par la (très agréablement fraîche) basilique St Michel. J’ai fait le tour du centre historique en ¾ d’heure en scrutant chaque visage à la recherche du trop lointain. Mode « chasse aux fantômes du passé » activé ! Mais Bordeaux est grande, le passé bien loin et mon séjour fort bref. Les dits fantômes étaient restés chez eux à cause de la température. Notons au passage la charmante coutume locale consistant à vaporiser de la bruine froide sur les mollets des passants, le long de la Garonne. Pi Bordeaux, c’est joli, malgré la touffeur ambiante. Il faudra que je pense à y vivre, un jour. C’est le sud. Quelques chaudes heures plus tard, me voilà de retour e bro Roazhon, à relire des vieux mails et à maudire les multiples erreurs que j’ai pu commettre. Il y a bien longtemps que je ne suis plus une pourriture … La chaleur m’anéantit, y’a pas la clim dans ma tête. La faute à Bordeaux …
Au vu de mes réactions à l’actuelle météo, je pense pouvoir affirmer sans crainte de me tromper que je vais clamser dans 38 jours. Et ce avec un indicible plaisir. Plaisir, oui, car certes je défaillerai, mais en terre chinoise. Et ça, ça vaut tout l’or du monde, malgré les degrés celsius. Chine … rêve de toujours, syllabe aux mille promesses, but à atteindre, fantasme d’occidental en mal d’exotisme. Chine, pays nourrisseur de délires. Chine, autre bout de la terre … 38. 38 c’est quoi ? 38 c’est rien ! C’est à portée de main, à portée de volonté, jamais le bout du monde n’a semblé aussi intime. Et chaque jour grappillé au calendrier m’en rapproche. 38 jours … et autant de degrés ! Promis, j’irai voir la piscine olympique, ramènerai des estampes, du thé, des éventails parfumés, danserai place Tian An Men et enverrai des cartes postales.
En attendant je vais aller lire Cacao, pour oublier la canicule. Elément moteur, ok, mais en panne !
17:42 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


